La révolution Castro

Mon regard déformé de supporter du FC Nantes sur les débuts de Luis Castro et de son équipe à l'issue du premier tiers de saison de Ligue 1

Canari Gazette
17 min ⋅ 20/11/2025

Espoirs déçus

L’intégration de jeunes joueurs formés au club et le choix d’un coach ibérique au projet de jeu ambitieux ont, par simple réflexe pavlovien, participé à donner beaucoup trop d’espoir à certains supporters nantais sevrés de bonheur depuis trop longtemps. Cet emballement joue contre l’équipe en ce moment, au vu des sifflets qu’elle a reçus par une partie du public contre Metz comme par certaines réactions après le match nul décevant contre le Havre.

Penser que Luis Castro avait le pouvoir de transformer d’un coup de baguette magique, une équipe en construction en une version moderne du FC Nantes de 95 était illusoire. La ligue1 est trop compétitive pour permettre à ce genre de rêve se réaliser, il est quand même beaucoup trop tôt pour avoir peur et hurler au cauchemar.

Cette équipe construite à base d’austérité économique affiche 12 matchs officiels à son compteur. C’est trop peu pour la juger. Son image sympathique altère peut être mon objectivité, mais même si elle est actuellement moins forte que ses concurrentes directs au maintien, elle semble avoir le potentiel et l’entraineur pour proposer beaucoup mieux que des intentions de jeu. Elle reste la meilleure option du club pour survivre dans l’élite du football français, à court comme à plus long terme.

Au regard de son parcours et de ce qu’il se dégage de sa personnalité, Luis Castro coche beaucoup des cases pour être le technicien idéal au développement de ce potentiel. S’en séparer prématurément serait une erreur et un retour en médiocrité. Le club a besoin d’un projet de jeu solide sur lequel s’appuyer, c’est autant une nécessité pour survivre cette saison que pour espérer exister à l’avenir ailleurs que dans le fond du classement de Ligue1.

Barragiste

Au lendemain de la 12e journée de Ligue 1, le FC Nantes est seizième au classement, la place du barragiste. Les jaunes et verts ont dix points, soit le même nombre que Brest, quinzième et Lorient, leur prochain adversaire, dix septième. Ces trois clubs devancent Auxerre, dernier avec sept points. Ils sont devancés par Metz quatorzième avec onze points, Angers et Le Havre respectivement treizième et douzième avec treize et quatorze points. Avec huit équipes en sept points entre la 11e et la 18e place, le bas de classement reste relativement groupé.

Si en apparence, avec cette seizième place, le FC Nantes retrouve l’ordinaire de la lutte pour le maintien, la réalité est plus nuancée et cette position au classement ne dit pas tout de son niveau ou de son potentiel. Cette dernière série de trois matchs difficiles sans victoire avec un seul point récolté au compteur brouille davantage l’analyse que l’on peut faire de son début de saison brouillon.

Cette équipe est autant confrontée à la dure réalité de la ligue1 qu’à ses propres insuffisances. Son inexpérience la fragilise et sa maitrise collective aléatoire l’empêche encore de pouvoir faire preuve de régularité dans un schéma tactique ambitieux. Elle paie encore pour apprendre.

Les sans banc

Elle est irrégulière, elle souffre à la fois de sa découverte du niveau ligue1 comme de ses absences au milieu du terrain. Elle a perdu Johan Lepenant, sa courroie de distribution, son meilleur joueur de champs, meilleur tackleur et récupérateur de ballon, sans qu’aucun des jeunes ou des joueurs recrutés n’aient été capables de reprendre son leadership au milieu, ni même de s’en approcher. Les maux des jaunes et verts ont beaucoup a voir avec son absence. Son retour sur les terrains est la meilleur nouvelle de cette trêve internationale.

Ses blessures et la faiblesse actuelle de son banc n’ont pas permis d’ajustements au FC Nantes. Il n’a pas pu laisser souffler certains joueurs qui en auraient visiblement eu besoin. Herba Guirassy a du renoncer à sa sélection en espoirs pour soigner une blessure, Louis Leroux s’est lui sérieusement blessé à la cuisse sur le premier entrainement avec ces mêmes espoirs et sera indisponible plusieurs semaines. Si elle semble avoir une grosse marge de progression, la trop maigre épaisseur de son effectif ne lui offre pour l’instant qu’une marge de manoeuvre très limitée. La trêve est arrivée trop tardivement, le mercato est attendu avec impatience.

En devenir

Nantes a certes montré des lacunes, mais la proximité de ces résultats décevants ne doit pas occulter ce que ce groupe a bien fait depuis le début de la saison. Une équipe ne joue jamais bien au football par hasard même par intermittence. Si les exploits de ses individualités ont semblé prendre le pas sur son expression collective, le FC Nantes a tout de même réussi a proposer des séquences intéressantes. Il y a eu des variations dans ses sorties de balles, des combinaisons, des intentions de jeu offensives évidentes sur certains de ses matchs. elles ont été trop rares ou souvent trop maladroites mais nous disent également ce que veut devenir ce FC Nantes.

Si la notion de match référence existe, le match qui s’en rapproche le plus est celui contre le Paris FC, et pas seulement parce qu’il s’est terminé par une victoire. C’est le seul match ou le FC Nantes a été en mesure d’allier efficacité offensive et défensive, non sans souffrir mais sans trembler beaucoup non plus. Une équipe généreuse qui a également su faire preuve de caractère dans des moments difficiles comme contre Rennes en remontant deux buts de retard ou contre Monaco ne se résignant jamais à la défaite.

Les Matchs

Paris SG : Match défensif courageux mal récompensé. 0 tir cadré 0-1 Castro a voulu éviter la valise. Possession 19%-71%. Cruel.

Strasbourg : Dominés mais pas dépassés, défaite 1-0 à la 83eme minutes. Possession 51%-49%. Cruel.

Auxerre : Première victoire importante en souffrant 1-0. Possession 43%-57%. Cruel pour l’adversaire.

Nice : Dominés et absents. Battus seulement 1-0. Grand Lopes. Possession 59%-41%. Mérité.

Rennes : Le réveil nantais. Premiers frissons. 0-1 Possession 43%-57%. Mérité.

Toulouse : Nul chaotique. Largesses défensives et opportunités offensives. 2-2 Possession 45%-55%. Chanceux mais prometteur.

Brest : 90 minutes de combat. 0 tir cadré coté nantais. 0-0 Possession 51%-49%. Mérité.

Lille: Dominés et peu inspirés. 0-2 Possession 37%-63%. Mérité

Paris FC : Match référence. 1-2 Possession 68%-32%. Mérité.

Monaco : Le chaos et le spectacle. 3-5 Possession 48%-52%. Cruel.

Metz : Fantomatiques 0-2 Possession 52%-48%. Mérité.

Le Havre : Au bout de l’ennui 1-1 Possession 65%-35%. Mérité et cruel.

Combatifs

Quand le FC Nantes a perdu il n’a jamais été sévèrement battu. Quand il a mal joué ou a pu être dominé, il est resté dans le combat et dans le match se laissant la possibilité d’égaliser quand il était mené. Beaucoup des buts qui ont enterré ses espoirs sont arrivés en fin de partie. Paris, Strasbourg, Monaco, Lille, Metz et même le Havre. La seule chose que l’on peut éventuellement reprocher à cette équipe est d’avoir perdu le match que tous ses supporters s’étaient conditionnés à croire qu’elle allait gagner.

La sensation générale est que ce FC Nantes a mérité ses défaites comme ses victoires. Rétrospectivement on pourrait se dire qu’avec plus de réussite l’équipe aurait pu compter trois ou quatre points de plus (Paris, Strasbourg, Toulouse, Monaco, le Havre), comme elle aurait pu tout autant en compter quelques uns de moins, vu qu’elle n’a pas été malheureuse sur certains de ses matchs (Auxerre, Toulouse, Paris FC, Brest). Pleine de paradoxes, l’équipe de Luis Castro a été plus enthousiasmante quand elle a été capable de rivaliser en terme de possession et de qualité de jeu, mais elle a glané la majorité de ses points en abandonnant le ballon à l’adversaire et en se repliant sur son but sans montrer grand chose d’autre que de la solidarité défensive.

Personne ne semble douter ni du talent, ni potentiel de ce groupe mais son irrégularité tempère les ambitions sur son avenir. Ils ont montré beaucoup de visages différents, certains étant plus inquiétants que d’autres. C’est cette vulnérabilité et cette variabilité dans l’expression collective qu’ils ont pu montrer qui peut être source d’inquiétude. Après ces trois derniers matchs la perception est surtout que ses mauvais visages ont peut être passablement occulté les bons. Pour tordre le cou à ses inquiétudes, il leur faudra rapidement transformer ce potentiel et ce talent en points en commençant ce dimanche face à Lorient.

Au soir de cette 12e Journée, Nantes se retrouve dans une position inconfortable mais toujours à la lutte avec ses concurrents direct au maintien. Le FC Nantes sera cette année encore une de ces équipes qui se battent pour leur survie en ligue1. Il faudra bien figurer au championnat des clubs au budget restreint, Metz, Le Havre, Auxerre, Lorient, Brest et Angers, et mettre au moins trois de ces cinq adversaires derrière au classement. Malgré ses difficultés actuelles, cette équipe parait avoir suffisamment d’arguments pour pouvoir remporter cette bataille. Dans ce mini-championnat, Le FC Nantes a joué quatre matchs prenant cinq points sur douze possibles.

Style ambitieux

Le 4-2-3-1/4-1-4-1 de Luis Castro est un chantier en construction. Les intentions y sont pour l’instant plus intéressantes que les réalisations. Le coach portugais a prévenu que l’apprentissage de ce nouveau système ne serait pas linéaire, il concerne de jeunes joueurs inexpérimentés qui doivent assimiler les ajustements de leurs positions comme ceux de leurs partenaires et cela aussi bien offensivement que défensivement. Le fait qu’une grosse partie de l’équipe n’ai pas l’expérience de ce niveau de compétition rajoute à la difficulté de cet apprentissage qui se fait dans des conditions d’opposition qu’ils n’ont jamais rencontrées.

L’idée principale de Luis Castro est d’occuper le camp adverse. Le bloc défensif compact de ses équipes a pour ambition de jouer très haut avec un alignement pratiquement à la médiane, récupérer les ballons hauts pour se projeter rapidement vers le but. À la perte du ballon son pressing agressif veut obliger son adversaire à jouer long ou dans son dos, à casser les lignes denses de son bloc par des passes compliquées favorisant les récupérations. Même s’il se défend de jouer pour provoquer le hors jeu, la conséquence de ce parti-pris tactique de bloc haut et compact est que ses équipes sont celles qui en occasionnent le plus en Europe, les équipes qui jouent contre le FC Nantes en concèdent énormément cette année encore.

Bienvenus en Ligue1

Le Nantes de Luis Castro s’est heurté à l’âpreté de la ligue1, elle lui a fait mal. Il s’est souvent “dépossédé” du ballon par sa propre volonté comme par ses propres erreurs. Son équipe a aussi vu sa détermination à vouloir faire le jeu être annihilé par la supériorité de certains de ses adversaires. 43% de possession moyenne seulement pour le FC Nantes, 16e de Ligue1 (footmob), à mettre en perspective avec les 57% du Dunkerque de Castro en L2.

Le FC Nantes a réussi a faire jeu égal en terme de possession à cinq reprises. Strasbourg, Toulouse, Monaco, Brest, et Metz, Il a ramené seulement deux points de ces confrontations, même si sur trois de ces matchs, Strasbourg, Toulouse et Monaco, il a montré ses visages les plus séduisants en terme de jeu. C’est une des limites de ce FC Nantes. Il est suffisamment avancé dans sa maitrise tactique pour imposer son schéma et proposer des prestations intéressantes sur le plan du jeu, mais manque encore de consistance et de rigueur pour que ces prestations lui rapportent des points.

Pragmatique défense

Luis Castro n’est pas un dogmatique, s’il travaille pour l’avenir, il sait également se soucier de l’instant et donc adapter sa stratégie aux caractéristiques et à la force de l’adversaire comme aux différents scénarios d’un match. En attendant de trouver de la régularité dans son dispositif tactique, Luis Castro doit sécuriser des points. Comme cette équipe peine à marquer, dès qu’elle le fait, elle ferme la boutique. La survie cohabite mal avec l’esthétique, son maintien au poste d’entraineur passe pourtant par ce genre de sacrifice dans le jeu. Le FC Nantes abandonne alors le ballon volontairement quand il a un résultat à protéger.

C’est en suivant cette stratégie qu’il s’est imposé et a conquis ses seules victoires contre Auxerre et le Paris FC. Il n’a pas été loin reproduire ce schéma face au Havre. La solidarité défensive du FC Nantes lui a permis de verrouiller l’accès à son but pendant la majorité du match, sa défense n’a pas excessivement été mise en danger par l’avalanche de centres dans sa surface de réparation. Des 49 centres havrais du match, seul le dernier aura finalement réussi a trouvé la tête Gautier Lloris et assommé des nantais rattrapés sur cette dernière opportunité. Ce but égalisateur au bout du temps additionnel déforme un peu le bilan nantais avant cette trêve internationale. Deux points de plus auraient peut être enlevé un peu de tensions au prochain match contre Lorient.

Nantes sait défendre. Même si sa défense (12e) est loin d’être impénétrable, elle a plutôt fait bonne impression surtout à l’extérieur (3e). Nantes est l’équipe leader dans le nombre de dégagement. Ce n’est certainement pas le football que souhaite imposer Luis Castro, mais c’est que l’état de construction et d’apprentissage de son équipe lui permet actuellement.

Problème de transmissions

Si le FC Nantes a eu l’ambition d’imposer son schéma tactique à ses adversaires, il n’a réussi à le faire de manière dominante qu’en de trop rares occasions, sans vraiment que ce système ne lui permette à lui seul de gagner un match mais sans qu’il soit non plus la raison de ses déboires. Le problème constant du FC Nantes a été son inhabileté conjuguée à conserver et à récupérer le ballon, conditions impératives à son application sans risquer de se faire transpercer ou être pris dans son dos régulièrement, ce qui est lui trop souvent arrivé.

Ce FC Nantes version Castro a eu la fâcheuse tendance à se sacrifier à la gloire de ses adversaires en une succession de « hara-kiri » provoqués davantage par ses erreurs individuelles que par son style ou son système. Ce n’est pas le positionnement de son bloc qui pose problème à cette équipe, ce sont ses approximations techniques individuelles qui plombent son expression collective offensive et ont sérieusement mis en danger sa défense qui a vu beaucoup de vagues adverses déferler suite à ces erreurs. Les équipes plus matures et plus avancées en terme de cohésion et de maitrise tactique s’engouffrent dans ces brèches pour punir cette équipe nantaise.

Mauvaise passe

Cette tendance a semblé se renforcer à mesure que les matchs, comme la fatigue, s’accumulaient. Certains indicateurs de ces approximations sont trop mauvais pour durer avec des joueurs de cette qualité technique. Le Nantes de Luis Castro a le deuxième plus haut total de passes manquées dans son camp, comme elle a le plus mauvais pourcentage de passes réussies dans le camp adverse. Elle est aussi l’équipe qui réussi le moins de passes courtes, un comble dans un club dont l’existence a reposé si longtemps sur l’art de la passe. Preuves des difficultés des jaunes et vert à se trouver en raison de leur court vécu ensemble. Seul le temps va renforcer cette complicité et les automatismes entre les joueurs et permettre de corriger ce qui ressemble à des anomalies statistiques.

Les possibilités offensives du FC Nantes sont largement amputées par la multiplication de ses pertes de balles et ses difficultés à la récupération. Comme toutes les équipes, moins elle a le ballon, moins elle a l’opportunité d’en faire quelque chose de bien. Son temps de possession limité diminue ses chances de marquer des buts en réduisant le nombre de ses opportunités pour le faire. Quand ces rares opportunités se présentent, le FC Nantes peine aussi à les transformer en danger. Il ne tire pas suffisamment et cadre trop peu pour pouvoir marquer beaucoup. 2,8 tirs cadrés par match et 0,9 but par match, l’équipe nantaises est 18e et dernière de Ligue1 dans ces deux catégories. Elle a également touché 6 fois les montants. Quatre de ses joueurs offensifs ont tout de même marqué au moins deux buts ce qui peut sonner soit comme un paradoxe au regard de ses statistiques offensives, soit comme un espoir pour cette équipe qui a la qualité pour marquer davantage si elle se crée plus de situations.

Ces statistiques ne changent en rien le début de saison compliquée du FC Nantes, mais elles le nuancent tant elles semblent peu corrélées avec les qualités individuelles des joueurs et de ce qu’on perçoit de cette équipe en terme de qualité technique. Une partie de son potentiel est surement encore caché dans certains de ces chiffres.

Vitesse et précipitation

Cette équipe nantaise doit réduire ses pertes de balles et améliorer sa capacité à contrôler le jeu à la récupération du ballon. Après le match contre Monaco Junior Mwanga déplorait les lacunes de cette équipe dans la gestion du tempo des matchs. Ces instants de possession où il faudrait ralentir le jeu plutôt que de l’accélérer, elle semble peiner à reconnaitre ses situations. Le FC Nantes semble trop privilégier la quête du déséquilibre rapide de ses adversaires par une recherche systématique de la verticalité. Cette recherche du déséquilibre se retourne fréquemment contre cette équipe qui semble ne vouloir exister offensivement que par la vitesse mais qui trébuche encore trop souvent par la précipitation. L’éclosion des jeunes et notre plaisir à les voir sur le terrain a peut être éclipsé le poids des blessures conjuguées de Lepenant et Coquelin comme leur importance dans la gestion de ce tempo qui a beaucoup à voir avec l’expérience et/ou la maturité au milieu de terrain.

Mieux contrôler le ballon c’est préserver son potentiel physique. Si le FC Nantes parvient à limiter le nombre de ses erreurs techniques, il courra moins derrière le ballon, il pourra être en mesure de mieux faire monter son bloc et le maintenir haut, ce qui lui offrira davantage de situations offensives. L’amélioration dans l’efficacité devant le but de son quatuor de devant sera également une des clefs de sa réussite. Le FC Nantes a les armes pour devenir une bien meilleure équipe.

Usés par l’intensité

Sur ces deux derniers matchs contre des concurrents directs, Nantes a souffert, ne semblant pas être à la hauteur du défi physique imposé par ses adversaires. Ces dernières prestations décevantes ont plus à voir avec la fatigue de ses joueurs qu’avec leur éventuel manque de progression ou de talent. Le FC Nantes à beaucoup couru après le ballon. L’accumulation de matchs intenses et la rigueur de la Ligue1 ont laissé des traces dans les organismes. Ces productions restrictives et décevantes dans le jeu surprennent après les bons matchs contre le Paris FC et Monaco, mais trouvent une explication dans cette difficulté pour beaucoup à enchainer les performances à ce niveau de compétition. Ce FC Nantes a payé l’addition de sa générosité.

Râpés

Aucun joueur ne triche ou ne fait preuve de suffisance. Ils enchainent pour la première fois des matchs à ce niveau de compétition et d’intensité, des matchs où ils affrontent des joueurs aguerris plus matures qu’eux physiquement comme mentalement, dans un cadre tactique dans lequel ils doivent encore apprendre à évoluer. La répétition de ces efforts inédits à cette intensité occasionnent une usure dans les corps comme dans les têtes. Après cette série, j’ai juste vu des joueurs râpés autant par l’intensité de ces matchs que par l’impact psychologique de leurs dénouements négatifs. Je pense qu’il y a eu une forme de basculement de cet ordre à la fin du match contre Monaco, vers une dynamique contraire, conséquence d’une fatigue autant mentale que physique. Sur ses deux derniers matchs avant la trêve, on a vu un groupe qui avait besoin de reprendre son souffle et ses esprits. Ce genre d’enchainement et de désillusion fait aussi partie de leur apprentissage, ces périodes difficiles vont aussi renforcer l’expérience de ces jeunes joueurs, ils vont apprendre à mieux les gérer à l’avenir même si l’un d’entre eux le paie déjà au prix d’une blessure longue durée.

Une des contre-parties de la jeunesse est son irrégularité. C’est une des caractéristiques des équipes en construction. Si on aime cette jeunesse il faut en accepter les défauts. Il y aura certainement d’autres trous d’airs dans cette saison de transition, peut-être même davantage que de soirées formidables. Pour l’instant cet effectif est en apprentissage et a besoin de temps et d’encouragements plutôt que de critiques prématurées ou de sifflets.

Le parcours de Luis Castro et de son équipe ne va pas se simplifier mais son groupe a maintenant bien conscience de la difficulté d’aller chercher des points en Ligue1. Je ne crois pas au déclic et en une équipe qui miraculeusement se mettrait à battre tous ces adversaires en jouant un football de rêve. Seul le temps, le travail à l’entrainement comme l’expérience des matchs vont permettre au FC Nantes de tordre la réalité dans le bon sens.

Mercato mitigé

Luis Castro savait dans quoi il s’engageait. La cure d’austérité nécessaire pour assainir les comptes a régénéré le groupe, mais elle a par la même occasion affaibli le niveau moyen de l’équipe. Nul doute q’un Douglas Augusto au milieu de terrain serait une réponse efficace aux tourments actuels de ce FC Nantes. Comme le rappelait Anthony Lopes au début de saison, cette équipe a besoin de renforts à l’expérience Ligue1. Le recrutement à peu de frais était une des interrogations de l’intersaison, les réponses qu’il livre sont mitigées. Une d’entre elles est qu’il serait temps pour le FC Nantes de recruter un directeur sportif.

Pour l’instant seuls les joueurs avec expérience Ligue1 préalable répondent présent. Mention spécial pour Chidozie Awaziem, Junior Mwanga et Youssef El Arabi qui sont de vraies réussites. Des cinq recrues qui découvrent le championnat, seul Kwon, semble sortir du lot par sa personnalité sur le terrain et son investissement défensif, il est en revanche très neutre dans l’utilisation du ballon. Les autres sont soit blessés, soit hors de forme et sont à ce jour des paris ratés. C’est ce que font les clubs désargentés, des paris qui ratent plus souvent qu’ils ne réussissent.

Les limites de ce recrutement et le manque de profondeur du banc nantais ont été mis en valeurs par la blessure de Lepenant et l’incapacité de Francis Coquelin à pouvoir rester valide. Le retour de ces deux joueurs qui devraient être disponibles pour le match contre Lorient devrait avoir une influence majeure sur les prestations et le rendement futur de l’équipe. Il leur faudra surement du temps pour relancer la machine, mais aussi talentueux qu’il soit, Tabibou est encore tendre pour être le dépositaire du jeu nantais au milieu de terrain.

Appelez-moi le directeur

Le journaliste Thomas Doucet, dans le journal l’Équipe, rappelait que ce mercato moyen était surement la conséquence de la structure minimaliste de sa cellule de recrutement notamment l’absence d’un directeur sportif. Il y révèle la volonté des Kita père & fils de vouloir en contrôler les moindres détails après les déconvenues Bayat & Cie. Un seul scout, pas de data analyste. Le club ne pourra certainement pas faire l’économie d’une cellule de recrutement digne de ce nom s’il veut aller plus loin dans son développement. Il n’a pas les moyens de se tromper sur ses mercatos, c’est se tirer une balle dans le pied. En même temps, pour un club qui semble marcher depuis plus vingt ans avec une jambe de bois ce n’est peut être pas si grave.

Des ajustements seront nécessaires sur la prochaine période de transferts comme Dunkerque avait pu en faire après la première partie de saison de Castro, alors qu’il occupait la dernière place de Ligue 2. Un joueur expérimenté ferait du bien au poste de latéral gauche, comme un joueur créatif et travailleur ne serait pas de trop au milieu. Je ne peux malheureusement qu’imaginer ce qu’un Ludovic Blas ou un Thomasson pourrait faire dans cette équipe, mais c’est le type de profil de joueurs que j’aimerais voir arriver.

Le FC Nantes va avoir besoin que ses jeunes continuent de grandir et que ses recrues décident enfin à se montrer. Son avenir dépendra également de sa capacité a attirer des joueurs suffisamment talentueux pour upgrader son niveau moyen. Un entraineur est capable par son management et ses choix tactiques d’améliorer le niveau de son équipe, mais au final il est dépendant de la qualité des joueurs à sa disposition. La différence, parfois ténue, entre une équipe qui gagne et une équipe qui perd, dépend autant de la qualité des joueurs sur le terrain que de la qualité de l’entraineur sur le banc. Parfois même un ou deux joueurs de qualité peuvent faire surement plus différence sur le rendement d’une équipe qu’un changement d’entraineur.

Renouveler un effectif pour repartir sur un nouveau cycle et un nouveau projet n’est jamais facile que vous ayez de l’argent ou pas. Rennes et le Paris FC ont tous deux modifié leurs effectifs de façon significative, ils boxent financièrement dans une autre catégorie que le FC Nantes, ils ont eux aussi rencontré, dans une certaine mesure, des difficultés dans leurs débuts de saison respectifs. L’argent permet de recruter plus de joueurs de meilleurs qualités en limitant les paris, ce qui permet d’accélérer ce processus incertain qu’est la création d’une équipe et la gestion de sa dynamique de performance. Ce FC Nantes sous perfusion ne pourra peut être compter que sur sa meilleure recrue, son entraineur.

Retour vers le futur

Le bonheur du FC Nantes et de ses supporters à toujours résidé dans une identité de jeu à dominante offensive et esthétique. Placer les jeunes joueurs de son centre de formation au coeur du projet de jeu est inscrit dans l’ADN du club. Repartir sur ces fondations ne peut être que positif, mais seulement si les propriétaires donnent les moyens et le temps à ce projet pour qu’il grandisse. C’est sur cette vision du football et sa stabilité que ce sont construites les quarante deux années consécutives de présence du FC Nantes au plus haut niveau du foot français. Des années pendant lesquelles le club a prospéré sur sa philosophie de jeu unique et a rempli son palmarès de titres et ses armoires de trophées.

L’abandon de cette philosophie a mené le club vers sa relégation en 2007. Depuis il semble à la fois endormi et torturé par cette d’identité absente sur le terrain. Ces dernières années le stade se réveille davantage animé par l’enthousiasme de ses tribunes que par les émotions suscitées par le niveau de jeu navrant de son équipe. Le FC Nantes doit à nouveau être dirigé vers un projet de jeu qui lui ressemble et qui rassemble ses supporters.

Le nouvel Arribas

Les équipes nées sur ce model, estampillé « jeu à la nantaise », nous ont fait rêver, leurs exploits peuplent encore nos mémoires. Elles ont convaincu tous leurs supporters que chaque week-end au stade, ensemble était possible et qu’un but pouvait être autant célébré que sa construction. Ces équipes ont élevé nos critères d’exigences sur ce qu’est en droit d’attendre un supporter nantais quand il va au stade. Ces exigences sont aujourd’hui trop élevées pour cette équipe made in Luis Castro, une équipe en instance d’existence dans laquelle chacun est encore en train d’apprendre les possibilités de l’autre.

Ce projet part d’une feuille presque blanche en étant financé par des moyens très limités. Bien sur Luis Castro peut s’appuyer sur la mine d’or de la Jonelière et les belles performances de son centre de formation, mais il doit beaucoup reconstruire autour. Suaudeau ou Denoueix évoluaient depuis plusieurs décennies au sein de l’institution nantaise, ils n’avaient pas plus d’argent mais héritaient de joueurs qu’ils avaient« formatés » sur des années au cadre tactique et à ce système de jeu dont ils étaient les dépositaires. Les joueurs issus du centre de formation arrivaient au plus haut niveau confiants et prêts à jouer dans un système qu’ils maitrisaient et qui leur donnait souvent un temps d’avance sur leurs adversaires. L’équipe de Luis Castro part elle avec un temps de retard. Ce temps est celui son apprentissage au système tactique du coach portugais comme à la rigueur de la ligue1.

Ce système même s’il en maitrise parfaitement les préceptes qu’il a étrennés avec les jeunes du Benfica puis avec l’USL Dunkerque, il doit le faire infuser au sein de son équipe comme dans les différentes strates du club. C’est une reconstruction. Ce projet ne concerne pas uniquement l’avenir a court terme de l’équipe première, mais celui du club à plus longue échéance. Toutes proportions gardées, son rôle de bâtisseur pourrait ressembler à celui d’un José Arribas. Si elle devait s’installée, ce genre de dynamique vertueuse prendra du temps avant de le faire durablement, surtout dans le contexte actuel. il faudra plusieurs saisons et plusieurs mercatos avant que l’équipe ne puisse tourner à plein régime et le club en tirer pleinement les bénéfices. Pour le FC Nantes, la première bonne décision a été de prendre cette direction, la seconde serait qu’il se laisse suffisamment de temps pour croire que c’est la bonne.

Le football il a changé”

Comme disait un grand philosophe du ballon rond « le football il a changé ». Lutter contre les clubs les plus fortunés est devenu impossible économiquement même avec un propriétaire multimillionnaire. ces clubs disposent d’une quantité d’argent suffisante pour s’assurer régularité dans la partie haute du classement sur le long terme, comme la majorité des trophées.

Quand comme au FC Nantes, on a ni pétrole, ni trop de liquidités, mieux vaut avoir des idées. Ce changement de cap et ce projet de jeu sont les meilleures options pour tenter de s’opposer à cette « dictature » financière et enfin offrir à ce stade et à son public, l’équipe et le bonheur qu’ils méritent. Ce qu’on attend du FC Nantes quand on est supporter, c’est d’être capable d’exister autant sur le plan du jeu que sur celui des résultats. Le résultat satisfaisant ne pouvant être que la conséquence de la qualité du jeu.

Une révolution est parfois juste un tour sur soi même. Un simple retour aux origines, nécessaire afin de casser une dynamique négative. En ce sens le FC Nantes a peut être entamé sa révolution en engageant le technicien portugais. La feuille de route de la révolution Castro était simple, faire mieux avec moins, en redonnant du plaisir aux supporters. S’il n’a pas fait mieux, il fait bien avec peu. Ses idées de jeu, encore imparfaitement appliquées par une équipe en apprentissage, semblent séduire les joueurs. Il faudra quand même en montrer davantage dans le jeu pour combler les exigences des supporters nantais. Ce n’est peut être pas la priorité a court terme.

Problème de direction

La patience de la famille Kita est limitée quand il s’agit de laisser un entraineur travailler et un projet de jeu s’épanouir. Être supporter nantais c’est être schizophrène. C’est aimer le club et ce qu’il représente dans nôtre imaginaire tout en doutant sérieusement de son actuelle direction. La seule inquiétude est de savoir si la famille Kita croit en ce projet en se demandant s’ils l’ont initié par réelle envie d’un changement de cap ou uniquement en raison de leurs contraintes financières actuelles.

D’après les suiveurs réguliers du FC Nantes intervenant dans le podcast « sans contrôle », il semble y avoir deux lignes différentes dans les hautes sphères du club. La ligne Waldemar qui se questionne sur ce projet et la ligne Franck qui semble le défendre. Sans avoir d’affinité ni pour ni pour l’autre, il serait souhaitable que le fils renverse le père. Même s’il lui est déjà arrivé de gagner des combats, ça ressemble pourtant à l’issue la plus improbable.

On sait tous qu’une “dinguerie” est possible, comme prendre un chèque sur Abline ou Tati au prochain mercato pour remplacer le coach par un pompier de service, embauché avec la carotte d’une prolongation en cas de maintien. C’est surement la certitude de voir moins de jeunes. L’assurance aussi d’un recrutement de joueurs trop moyens pour déjouer la probabilité que cette tentative de maintien ne se déroule autrement que dans l’ennui ou la désillusion. Personne n’a envie de revivre ça.

Castro à la vie à la mort

Cette équipe nantaise à les arguments pour faire beaucoup mieux et se sauver. Un bon gardien, un joueur offensif de grande classe, une charnière en devenir, de bons milieux et des jeunes pétris de talent. Son avenir dépendra de sa capacité à rester valide comme à étoffer son effectif afin de mieux encadrer sa jeunesse. Il lui reste encore du travail avant d’assimiler pleinement les ajustements tactiques qui lui sont demandés et améliorer sa maitrise technique pour pouvoir donner la plénitude de ses moyens. Elle va sans aucun doute renforcer sa cohésion collective, on doit lui laisser le temps de son apprentissage, Luis Castro est la solution, en aucun cas le problème. Cette équipe renvoie une image positive qui colle trop à l’histoire du club pour ne pas lui laisser sa chance. Elle est juste en train de lentement prendre forme sous nos yeux et ne mérite pour l’instant que notre soutien et notre patience.

Si elle gribouille encore trop la feuille, j’ai l’impression que cette équipe a beaucoup plus en elle que ce qu’elle a pu montrer jusque là. J’ai peut être trop envie de l’aimer. Cela peut ressembler à des incantations d’un supporter en manque de bonheur, mais je crois beaucoup plus en ce projet que dans les patchworks de joueurs recrutés sans recherche d’une quelconque cohésion tactique, et ce même si certains ont été très bons et ont vaillamment défendu les couleurs jaunes et vertes.

Time is money

Luis Castro l’a rappelé avant le match contre le PFC, les deux facteurs de réussite d’un nouveau projet sont l’argent et le temps. L’argent faisant gagner du temps, le temps étant indispensable sans argent. Il n’aura peut être pas plus de l’un que de l’autre, l’argent tend a manquer et la patience n’est pas connue pour être une spécialité locale quand il s’agit de laisser ses entraineurs travailler.

Castro va devoir survivre en s’achetant ce temps à coup de point jusqu’à ce que son équipe acquiert une forme de stabilité dans le jeu ou de tranquillité au classement. C’était un des objectifs fixés par Franck Kita lors de la conférence de présentation de l’ancien coach de Dunkerque, “il doit faire tourner le compteur”. C’est ce qu’il s’évertuait à faire plutôt bien jusqu’à cette série de trois matchs à un seul et unique point. Il devra repartir au combat à la reprise, ce match contre Lorient à la maison étant peut être plus important qu’il n’y parait.

Il y a encore trop d’incertitudes entre l’obligation qu’a Luis Castro de prendre des points et son envie de le faire en proposant un style de jeu spectaculaire. La justesse technique de son groupe l’en empêche encore. C’est ce basculement dans la qualité d’exécution qui est attendu car c’est peut être là que se cache le plus grand potentiel de progression de cette équipe. Il lui permettra certainement de stabilisé la qualité de son jeu et de se découvrir de nouvelles possibilités. Cette équipe ne gagnera certainement pas tous ses matchs, mais si elle reste en bonne santé, elle a suffisamment de qualités pour défendre, encore plus chèrement qu’elle ne le fait déjà, sa peau comme celle de son coach.

Le nouvel homme fort

Luis Castro gère ce début de saison avec aplomb, conviction et constance dans l’application de sa méthode et la manière avec laquelle il la défend. Il doit lutter contre les critiques hâtives, de ne pas laisser une ambiance négative s’installée dans son groupe comme à l’extérieur. C’est ce qu’il fait plutôt bien depuis ce début de saison. C’est également dans sa faculté à bien communiquer et a rester calme et posé que le technicien portugais rassure. Il explique, il analyse sans vraiment manier la langue de bois. S’il a encore des difficultés dans la maitrise du français, en conférence de presse il réussit à être davantage intéressant que nombre de ses prédécesseurs.

S’il réussit dans cette entreprise hautement incertaine de replacer le FC Nantes dans la première partie du tableau, Luis Castro a les clefs pour devenir son nouvel homme fort. Il peut ouvrir un nouveau chapitre vertueux de l’histoire de ce club qui a toujours été porté par ses grands techniciens. C’est ce dont les supporters ont le plus envie, vivre une nouvelle ère sous le signe du jeu. Ils veulent un club dirigé par un projet de jeu fort porté par un technicien charismatique plutôt que par la personnalité de ses présidents.

Luis Castro laisse l’impression d’être le type d’entraineur qui peut réussir à Nantes. Comme beaucoup d’impressions elle est peut être fausse, mais je veux me convaincre que le FC Nantes a rendez-vous depuis longtemps avec un entraineur capable de modifier durablement son destin et offrir à ses supporters le bonheur que leur ferveur et leur passion méritent. Mieux faut mourir par le jeu que survivre dans l’ennui.

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Luis Castro est il l'entraineur idéal pour le FC Nantes ?

Canari Gazette

Par Canari Gazette